LE 404
Photographie © Vincent Bridenne

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C’est dans le quartier du centre Pompidou que André a détecté cette adresse. Cuisine Marocaine avec des spécialités Berbères, il avait entendu parler du 404 notamment pour le brunch servi les fins de semaines qui est un vrai succès.

Ce qui est vraiment sympa du 404, c’est qu’il partage sa terrasse avec “Derrière”, un autre restaurant qui justement s’appelle ainsi car situé derrière le 404. Cela crée deux univers bien distincts: celui des 1001 nuits à l’intérieur, avec ses parfums de Maghreb, ses boiseries et un univers très très intimiste, tandis que dehors on voit bien cette battisse du XVIème siècle, brodée de lierre et avec un coté très amical. C’est tellement calme et bien agencé que en terrasse on a vraiment du mal à se croire dans Paris.

Au moins cinq ou six mois s’étaient écoulés avant que les trois cousins ne se retrouvent ensemble. André connaissait bien le tempérament de Louise, une femme au caractère très sociable, rigolote, mais qui au fond d’elle se baladait souvent avec un gouffre de tristesse inexplicable.

Jérémy, lui, un musicien qui s’était habitué à ne vivre que au rythme des pulsions et de l’inconstance, réussissait à dénicher les pensées les plus cachées des personnes et affrontait la vie au jour le jour avec une insouciance à faire envie au plus sage des gourous.

Photographie © Vincent Bridenne

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-” Devines! ” cria Louise en allant embrasser André
-” Jérémy est en retard?”
-” Mais… comment t’as deviné ?!” rigola Louise. En 40 ans, leurs cousin n’avais jamais été à l’heure.
-” un jour, peut être quand on va commencer à se faire vraiment vieux, je vais luis donner l’heure de rdv 30 minutes à l’avance, histoire qu’il soit là au moins pour le dessert” soupira André. La réservation pour le 404 est vraiment un must. Ils avaient bloqué une table dehors et l’hôte n’avait fait aucune remarque par rapport au retardataire. Très agréable, surtout pour une terrasse parisienne en plein été. C’était la bonne excuse pour un cocktail, et la couleur de l’Americano était sans aucun doute très invitante.

Photographie © Vincent Bridenne

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-”J’ai de plus en plus mal à accepter le temps qui passe” soupira Louise en serrant son thé vert entre les mains “bizarrement, plus je vieilli et plus je suis effrayée par ce qui m’entoure. Des choses qui avant ne me faisaient vraiment pas peur, comme prendre l’avion, aujourd’hui sont une source d’angoisse”. André levait la tête pour observer le ciel bleu, et écoutait les paroles de Louise en essayant de se projeter dans sa vision. “C’est tout de même dingue, tu sais, il y a des jours où je me sens complètement déconnectée de mon corps par rapport à l’image mentale que j’ai de moi… Dans l’entrée de mon immeuble, il y a une série de miroirs… et tu sais André, quand certains matins j’ai la tête dans le cul et je passe devant ces miroirs en sortant, j’ai un laps de temps, imperceptible, mais qui en moi dure une éternité, où je me rends compte que la vieille disjonctée qui est en train de passer… c’est moi !!!”
André souri sans rien dire. Il ne sentait pas l’âge sur soi, mais regardait le visage de Louise et voyait bien que le style de vie qu’elle avait eu, le travail intense et constant, le fait que elle n’avait jamais pu vraiment décrocher de tout son stress quotidien l’avait affectée. Ce n’était pas une femme laide, mais une femme fatiguée.
-”Je pense que la vie t’a toujours fait travailler dur” il lui souri “tu as toujours du trouver vite les meilleures solutions pour toute le monde, et tu as une manière de vivre la vie qui parfois te use comme une bougie que l’on allume des deux cotés…”
Louise le regarda en hochant la tête et avec un regard triste et nostalgique. Elle retint peut être une larme. Celle-ci ne descendit jamais car son opposé, Jéremy, venait de lui mettre ses mains sur les yeux et l’embrassa “désolé, en retard!”

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Ils avaient commandé le coucous et deux tagines. La semoule fondait littéralement en bouche et les parfums safranés ramenaient à l’esprit de vifs souvenirs d’enfance.

Tagine Poires Poulet

Tagine Poires Poulet

Jeremy dégustait sa tagine lentement. Il annonça que il avait rompu avec sa dernière conquête. C’était un très bel homme et les signes de l’âge ne faisaient que rajouter du charme à sa personne.

-” J’ai perdu le compte sincèrement” dit André “franchement… c’était la combientième???”
-” Marge? Marjolaine? Marjette? “ Louise fronçait ses sourcils et se mettant la main sur le front
-” Marjie !” s’écria Jéremy “vous êtes terribles!” il bu son excellent vin rouge du Maroc '“ et j’ai perdu le compte, j’ai plus l’âge pour ça!”
-” T’es à 4 divorces et je sais plus combien de relations !!!! mais t’en a pas marre de ce bordel?” Louise le regarda fixement “tu m’énerves! tu es pourri gâté avec les femmes!”
-” Ce qui m’intrigue c’est pourquoi tu te lasses si vite!” continua André
-” j’en sais rien” Jeremy haussa les épaules “ c’est comme une belle chanson” soupira-t-il
-” Comment-ça?”
-” c’est comme si chaque femme que j’aime était une belle chanson… on l’écoute, on s’émerveille, on tombe amoureux… et puis… tu rends compte que tu l’as apprise par cœur, et que la vie est trop belle… que il y a une myriade d’autre chansons à découvrir…”

Louise leva les deux mains au ciel et se mordit les lèvres. André le regardait d’un air sérieux puis conclu “mais tu as des chanson qui te manquent, non? t’en a certaines où c’est pas si mal de les écouter tous les jours?”

-” Bien sur!” souri Jéremy “ c’est elles qui veulent juste plus de moi!” Cet homme n’avait jamais compris le concept de monogamie. André et Louise n’arrivaient pas à lui en vouloir, car il était de la famille, mais ils étaient intrigués par une telle simplicité d’esprit. Il n’avait jamais été jaloux et n’avait jamais demandé à une femme de lui être fidèle, malgré ses 4 mariages, dont le plus long avait duré bien 10 mois!

Photographie © Vincent Bridenne

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Le lieu invitait vraiment à l’échange et à la détente. Ils prirent le temps de se raconter, sans filtres, de se moquer d’eux mêmes, des diverses relations, des rides, du temps qui passe . Etre si différents les uns des autres leur offrait une escapade du quotidien et une chance de pouvoir observer la vie d’un autre point de vue. C’est le plaisir de pouvoir parler sans être jugés. Le 404 se prêtait bien comme cadre pour une soirée décontractée.

Le temps de faire une balade dans Paris by night, leur ville d’amour, leur lieu d’enfance, de mémoire, d’orgueil et d’espoir, Jérémy avait déjà dragué une touriste américaine qui l’avait approché avec l’excuse de savoir quel instrument il portait avec lui. Louise demanda a André si il était jaloux. Il lui fit un câlin et lui murmura: “oui, quand j’était plus jeune, mais aujourd’hui, et depuis 21 ans, je me rends compte que je n’ai qu’une musique dans le cœur, et c’est ma femme et mes enfants” lui dit il.

Photographie © Vincent Bridenne

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Certaines chansons ne lassent jamais.

Certaines adresses non plus d’ailleurs !

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