ALCAZAR

Estrella aime Paris. Elle trouve les parisiens charmants mais peu courageux, notamment dans leur manière de s’habiller, qui rarement décroche du noir, bleu marine et du gris. Mexicaine d’origine, elle ne peut se passer des couleurs. L’essence même de la vie passe dans les couleurs à ses yeux, et porter le noir c’est un peu comme se promener main dans la main avec la mort.

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Quand elle s’est arrêtée au 62 rue Mazarine dans le sixième, elle a vu un long couloir avec un sol à carreaux noirs et blancs. Celui-ci l’a charmée, un peu comme Alice souhaitant suivre le lapin blanc, et la voilà plongée dans une oasis de verdure en plein cœur de Paris, avec une musique sobre et vivante, appuyée au fond de la salle au comptoir du bar, dégustant un Margarita délicieux et bien corsé. Elle est seule, mais cela ne la dérange pas. Ce n’est pas tant la solitude qui l’effraye, plutôt le fait de passer à côté des choses. Être là, sans l’être vraiment. Voilà sa terreur. Elle est loin de représenter la beauté féminine comme les journaux de mode l’interprètent de ces jours et depuis de décennies. Elle regarde sa peau matte dans le reflet du miroir du bar, ses yeux noirs et son grand nez, se sentant pourtant fière de son image comme l’avait été la grande Frida Kahlo dans le passé.

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Elle ne comprend pas où va le monde. Pourquoi tout le monde achète le même téléphone, le même sac. Elle ne peut plus voir le monde comme avant. Sûrement à cause de ce que la vie lui a mis sur son chemin. Perdre les personnes que l’on chéri le plus, ouvrir les yeux chaque matin et s’apercevoir que l’on est seule. Elle ne s’y était pas habituée, car on ne peut s’y habituer, mais elle a appris à vivre avec. Tout ce qui l’entoure a fini par lui sembler différent. La plupart des choses matérielles ont perdu de sens. Elle regarde les personnes avec plus de profondeur.

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Elle savoure les aliments plus lentement. Et plus l’âge avance, plus certaines saveurs la font voyager dans le temps et dans ses beaux souvenirs qui à ce jour, avec sa voix, représentent son vrai trésor.

L’Alcazar était en soi une belle découverte : lieu atypique, elle s’y sentait à l’aise et la faisait voyager au dehors de la grisaille. Les plats étaient bons ; en particulier, elle avait savouré le poulpe et la mousse au chocolat. Elle y serait surement revenue avec quelqu’un de sa troupe, pour fuir au chaos et aux bruits de la ville, pour retrouver cette sensation atavique de pluie tropicale, de voyages, d’imaginaire.

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