MARCHE' DES ENFANTS ROUGES - LE BURGER FERMIER

MARCHE' DES ENFANTS ROUGES - LE BURGER FERMIER

Paris. J’y suis né, j’y ai grandi. 75 ans d’une vie. Une course interminable dans les couloirs de République, un tourbillon de feuilles ocres qui m’encercle sur les quais de Seine. Des mémoires de la résistance, les gratte-ciels en devenir de la Défense. Pleins de promesses, de paroles non prononcées. Après tant d’années, Paris reste un mystère.

Avec l’âge et la solitude, cette ville semble s’être endurcie. J’ignore si c’est un fait, ou simplement les mots d’un vieux qui ne trouve plus sa place dans la frénésie de la consommation. Ces jeunes, qui veulent tout, tout de suite. Je ne leur en veux pas. Les temps changent, toujours. C’est pas moi qui le dis, c’est Bob Dylan. Je les regarde et je suis tout de même heureux : quel luxe cette génération qui n’a connu ni guère, ni famine. Qui regardent aux années ‘40 comme un très vieux film d’un monde parallèle.

Marché des Enfants Rouges - © Vincent Bridenne

Marché des Enfants Rouges - © Vincent Bridenne

Je m’assois au comptoir de Burger Fermier. Je ne devrais pas, je n’ai plus l’âge de manger gras. Mais bon, le bonheur passe par le ventre disais ma grand-mère.
Et tous ces gens curieux, autour de moi. Ces rêveurs.

Marché des Enfants Rouges - © Vincent Bridenne

Marché des Enfants Rouges - © Vincent Bridenne

Je suis habitué à ce que l’on ne vienne pas me parler. Les jeunes ont peur que je leur tienne la jambe et ils me parlent vite, pour ne pas perdre de temps. C’est vrai, je ne suis pas bien habillé, mais j’ai des chaussures , et assez pour m’offrir un “burger” comme disent les américains une fois par mois, ou peut-être tous les deux mois. La plupart du temps, on m’ignore du regard, on se dépêche à me doubler. une fois un homme en passant m’a même laissé rapidement une pièce sur la table me croyant sans abri. Pourtant vendre aujourd’hui mon appartement dans le Marais me rapporterait bien des sous. Mais c’est chez moi, je ne peux pas partir. Partir, à mon sens, c’est mourir. Et on me propose des viagés, et on me dit que je pourrais vivre mieux, avoir plus d’argent, mais la vérité c’est qu’à mon âge, je n’en ai pas besoin. Vais-je peut-être pouvoir l’emporter dans ma tombe, cet argent qui n’est à présent qu’un chiffre écrit sur un écran? bien sûr que non ! Faut-il sûrement la sagesse de l’age pour le voir.

Marché des Enfants Rouges - © Vincent Bridenne

Marché des Enfants Rouges - © Vincent Bridenne

Je reste donc assis, et un gentil jeune homme me ramène ce qui est pour moi le meilleur ‘burger’ de Paris. Les frites sont faites maison, le conté me rappelle celui de mon enfance, il est savoureux et je vois comment les cuisiniers le font fondre dans une petite poêle. je regarde et j’écoute les gens. Et même si personne ne m’écoute, je me sens tout de suite moins seul.
La dernière fois que j’ai mangé mon sandwich, une femme avec un joli pull bleu était à côte de moi et s’est émerveillées de la bonté de cette adresse. “C’est tellement bon, que je dois le dire à quelqu’un"!” me dit-elle en souriant ! “ Monsieur, vous aimez?”

Marché des Enfants Rouges - © Vincent Bridenne

Marché des Enfants Rouges - © Vincent Bridenne

“Oh oui! c’est délicieux!” ce n’a été qu’une phrase. une phrase à voix haute. Elle m’a souri et est partie.

Elle ne le sait pas mais s question, et la phrase qu"‘elle à poussé hors de moi, le fait que quelqu’un s’adresse à moi… ça m’a rendu réel. Comme si j’étais un personne d’un bouquin muté en chair et en os !

Il suffit de peu parfois pour se sentir heureux.

JIXIAO'S BUNS

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