La Résistible Ascension d'Arturo Ui

La Résistible Ascension d'Arturo Ui

Du 24 Mars au 21 Mai 2018

Richelieu - Paris 1er 

de Bertolt Brecht
Mise en scène de Katharina Thalbach

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Souvenez-vous maintenant, car après il sera trop tard.

Il sera trop tard pour s'arrêter et dire que nous y sommes déjà passés dans cet axe de l'histoire. Que c'est une tragédie. Que ce ne sera plus jamais comme les année '40. Que tout le monde sait. Il sera trop tard pour dire "impossible". Encore plus tard pour détecter ce danger arriver, ce danger qui est déjà là, et qui dors dans l'ignorance et l'oubli. 

Beaucoup d'entre vous connaissent déjà l'histoire et la lutte de Brecht. Et si ce n'est pas le cas, Wikipedia peut tout vous résumer en 2 clics, et surtout mieux que moi.  Pas besoin d'écrire une monographie, ni de vous ennuyer en vous disant que La Résistible Ascension de Arturo Ui est une oeuvre d'exil, une vérité qui s'amuse à être métaphore sans l'être vraiment, et qui raconte la prise en main du pouvoir de Arturo Ui ( Adolf Hitler ) sur la ville de Chicago ( L’Allemagne ) et la ville de Cicéro ( l'Autriche ). Une parabole où les personnages, de noir vêtus avec des costumes de gangsters,  s'empreignent de la mort sans conscience, du besoin d'écraser. Un plaisir macabre qui souille une ville entière comme des métastases virulentes.

L'Ascension de Arturo Ui, avec la mise en scène de Katharina Thalbach parle de cela à mes yeux: de comment c'est si simple de se laisser amadouer. Ce se faire piéger dans une toile d'araignée mortelle. De se taire. D'avoir peur, de ne rien dire. De se laisser corrompre, de se mettre du coté de celui qui est armé et qui se fait peindre comme juste, alors qu'il n'est qu'un mensonge, un être non-homme et non-enfant. Même son costume "n'est pas" : indéfini et encore démarqué par de la craie, il est tout et il n'est rien. Hic et nunc. Une araignée affamée, qui crée son venin à travers l'écoute et le regard que ses followers lui confèrent.  

Et je dis souvenez-vous maintenant parce que, dites moi, qu'en savez-vous, vraiment? A' quel point Brecht vous parle-t-il dans votre quotidien? 

Nous sommes les derniers à pouvoir s'en souvenir d'une manière partiellement réelle, à avoir vu à travers les yeux de ceux qui y sont passés. Vous, qui comme moi êtes nés dans les années 1980: nous sommes les derniers à avoir entendu le timbre de voix de nos grands parents, oncles et tantes qui ont subi cette Résistible ascension. A' avoir  tenu la main de ceux qui ont survécu à Auschwitz et d'autres camps de concentration. A' les avoir regardés dans les yeux parler.  Donc quand Brecht, à travers Thalbach, à travers les acteurs, essaye de me dire "souviens toi et regardes bien cette toile". Je m’arrêtes et j'en ai les larmes aux yeux.

Comme ça, pendant la pièce, je me suis retournée et au lieu de regarder le jeu des acteurs, j'ai regardé les gens assis. Les personnes de mon age, et pire encore, les plus âgés... ils avaient une expression bien grave. Une expression que je ne voyais pas depuis des années. La guerre. Celle qu'on nous avait raconté.  Les rires s’étouffaient dans l'absurde et se transformaient en rires Pirandélliens. 

Mais les plus jeunes, eux, étaient bizarrement aveugles à cela. Je me suis dite que  la plupart d'entre eux regardaient peut-être cet épisode sur leur bouquins d'histoire et avaient l'impression que ça fait un bail. Que ça ne s'est pas réellement passé. Que, ouais, le gars c'était un fou ( quelle manière simple de le justifier ! ) et il avait fait pleins de morts. Il est mort aussi, fin de l'histoire. Comme dans un film. 

Sauf que le rideau tombe et Arturo Ui vit.

Ils ne l'ont pas vu ça, les jeunes. 

Il est sorti derrière eux, collé à leurs ombres.

Il vit tout autour de nous. Dans les tragédies quotidiennes, le silence des violences. Dans la corruption. Dans une propagande brodée par la neurolinguistique qui fait croire au peuple qu'il est libre. Que la démocratie peut être exportée par des tyrans et que nous sommes ce que nous achetons. Que les grèves se font car les gens ont pas envie de travailler. Qu'une religion est juste et l'autre à coté de la plaque, qu'il n'y a qu'une seule langue et qu'un seul dieu, et qu'il est bon de construire des murs pour séparer des êtres humains, de lancer des bombes dans la mer pour se montrer puissants.  Que si on a 100k followers sur ista on a tout compris. C'est une grande toile subtile, et Ui l'araignée passe silencieuse au milieu de tout ça. Arturo Ui n'est qu'un nom, qu'un masque, mais il est loin d'être mort. Il existe et il ronge les consciences. 

Pour ce la je vous dit : Souvenez-vous maintenant, car après il sera trop tard.

Aller le voir se matérialiser pour quelques instants.

Peut-être le reconnaîtrez-vous la prochaine fois que vous le croiserez? 

 

DAROCO

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La Noisette de Pâques de Cédric Grolet

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