PECO PECO
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- "Non mais Ben, tu vas pas rentrer chez toi dans cet état?", Thomas lui passa le bras autour du cou " tu vas être déchiqueté si tu manges rien, t'as une de ces têtes...". Ils se connaissaient depuis l'age de cinq ans. Ben était pour Thomas le frère qu'il n'avait jamais eu.

Ils avaient découvert ensemble la musique. Ce qu'ils avaient enduré pour en arriver là où ils en étaient aujourd'hui, personne ne pouvait le comprendre. Ils avaient joué toute la journée. Non-stop. Ben était le type de mec qui disait sur un morceau "encore" et "encore" et "encore on reprend" et il oubliait de boire, de pisser, parfois même de respirer. Sa perception du temps s’effaçait, et Thomas le ramassait à bout de forces et le replongeait dans la réalité. 

Il avait réussi à le convaincre à ne pas rentrer tout de suite chez lui, pour aller au moins dîner ensemble.  Sortis de leur salle, à Pigalle, ils étaient descendus à pieds vers les entrailles de Paris, jusqu'à Peco Peco, dans le 9ème, un restaurant - tapas bar  japonais qui semblait leur dire: "allez entrez! nous allons prendre soin de vous"...

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Ben avait tout de suite aimé cette Lumière chaude, accueillante. Il avait la sensation d'être rentré dans la cuisine d'une maison, chez une famille. Accueillis par de grand sourires, ils s'étaient installés à table et avaient décidé de goûter au saké pétillant. On leur donna une petite feuille où tout était expliqué : ils n'avaient qu'à cocher les petites assiettes qu'ils souhaitaient et consulter la grande ardoise sur le mur pour les prix. Décor épuré, printanier, ils se regardaient autour d'eux et se sentaient tout de suite à l'aise. 

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Chaque petit détail était précieusement soigné. Pour déposer les edamane, ils avaient fait un petit origami que l'on avait ouvert sur leur table, comme une invitation au jeu. Le saké pétillant, léger et fruité, les avait ramenés tous le deux pour quelques instants au Japon, lorsqu'ils avaient goûté ça ensemble la première fois, après un concert à Osaka. 

Suivait ensuite une soupe miso à en tomber par terre, une explosion de textures chaudes, qui sentaient un peu la mer. "Merci de m'avoir emmené ici": Ben le regarda un peu perdu et demanda "on est quel jour au fait? "
-"Nous sommes le 10 avril mec..." 
-"Déjà..."
-"Et oui, ça passe vite, hein?"
-"M'en parle pas... quand je pense que ça fait 35 ans que je te connais... raaah le coup de vieux là!" il posa sa tête sur ses mains "je suis désolé d'être comme ça...vraiment" il le regarda tristement "mais je ne peux peux pas jouer différemment... je peux pas changer ça, si je ne joue pas en loop tant que c'est pas parfait... je peux pas lâcher..." il soupira "je fais craquer tout le monde... sauf toi" . 

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Thomas lui souri et goûta aux gyozas, légers, savoureux, avec leur carapace croustillante. Ils étaient délicieux. Il en mis un dans l'assiette de Ben, qui le regardait comme si c'était la première fois depuis des années il savourait pleinement ce qu'il mangeait. Le voyant sourire, Thomas le rassura: 
-" S'excuser parce que l'on fait bien son boulot Ben.. ça n'a pas de sens. Je sais que tu as ta façon d'approcher le partitions qui fait flipper quelqu'un qui te connais pas.... mais ce qui compte, c'est le résultat final. C'est tout. Comment tu l'intériorises ou tu l'approches, ça personne s'en souviendra. Ton public le sais pas quand tu t’assoies devant ton piano..."
-" Ouais, dis-le à mon ex..."
-" Qui... Sandra? la grande blonde? Celle avec qui tu sors depuis deux semaines? "
-" celle avec qui je SORTAIS. Tu sais qu'elle m'a quitté à cause de ça?"
-" Attends, je te suis pas là... Pourquoi elle t'a quitté?" 
-" Elle m'a dit qu'elle en avait ras-le uc de me voir sur le piano, et surtout de me voir jouer à répétition les même blocs de partitions.... ça lui donnait des migraines... " Ben souleva les mains.. "qu'est ce que tu veux que je te dise - je lui ai dis - c'est comme ça" il posa ses coudes sur la table et continua " et elle m'a envoyé chier, et elle est partie"
- " Et? "
- " Moi je l'ai jamais rappelée. Plus de nouvelles. " 
Thomas eu un moment de silence. Il lui tendu la salade de soba, l'invitant à en manger d'avantage.

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-" C'est ouf quand même les femmes" il brisa le silence qui était tombé "elles veulent des musiciens, puis quand elles en trouvent, après deux jour elles en ont marre de la musique, du soi-disant bruit ... non mais je rêve" 
- " Oh yes" il souri " elle a commencé a me dire que tout de même c’était fou vouloir vivre que de musique...."
- " Oui oui " Thomas connaissait bien ce speech: "Je pense que on a pas encore trouvé la bonne, c'est tout" ils terminèrent le saké, "faut rester positifs". 

Peco peco était calme et ils avaient tout les deux la sensation de s’être ressourcés, loin du bruit, de la foule, des masses qui courraient d'un bout à l'autre de Paris, des bureaux, de la frénésie.

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Ils se connaissaient. 

Quand ils étaient gosses, ils n'avaient pas eu le "cap de l’astronaute" : quand on leur demandait ce qu'il voulaient être une fois devenus grands, Thomas répondait " j'suis déjà grand et je serais une rock star" et Ben disais "moi je vais construire de la musique" .  Avec son violoncelle, Thomas n'était pas une rock star, mais il avait trouvé son bonheur, car il emmenait du rock dans le classique. Ben lui, avait eu ce qu'il souhaitait mais ne savait pas que cela aurait fait fuir ses compagnes. 

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Ils terminèrent avec des Mochi au Matcha, délicats avec une glace vanille légère qui les emmenait droit dans le printemps. 

Peco Peco ne pouvait pas leur restituer le sommeil perdu, mais leur avait offert une tendre caresse. Tout avait été préparé avec soin. Il reconnaissaient dans cette cuisine de la précision, du soin, de la bienveillance et de la constance. 

Comme pour leur musique. 

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CLOVER GRILL

CLOVER GRILL

DAROCO

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