Verjus

Parfois il faut juste se laisser guider.

Photos de l’Article : Vincent Bridenne

Photos de l’Article : Vincent Bridenne

Dans cette longue ruelle qui longe les jardins du Palais Royal, il n’y a presque personne. Sarah et Murdock avaient rêvé d’aller chez Verjus depuis quelque temps. C’était l’idée de s’y “détendre” qui les avaient attirés, grâce à ce cadre, parisien et romantique, de cette petite maison qui a vu bien des vies passer, qui a survécu à Haussmann et au baroque chic d’une époque qui semble désormais lointaine.

Le fait qu’il n’y ait pas de Menu oblige à ce ne pas se prendre la tête, à décrocher un instant.

C’est comme ça qu’ils l’ont perçu du moins. L’on se laisse guider, selon le choix du Chef et de ce que mère nature peut offrir au cours des saisons.

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Le cadre est accueillant, chaleureux.

On se sent facilement chez soit et les service n’est pas hautain.

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- “Paris est une ville magnifique. Pourtant, elle m’épuise” soupire Sarah en regardant son rosé
- “Depuis combien de temps vis-tu à Paris?” Murdock venait de s’installer et il faisait son maximum pour effacer son accent américain. Il étudiait le Français depuis plusieurs années, mais l’accent parisien était difficile à répliquer à cause de vitesse d’élocution des autochtones.
- “Cela fait presque 5 ans. En effet, lorsqu’on travaille dans un théâtre, Paris devient une étape obligatoire. Quand j’ai commencé mes premiers jobs en tant que scénographe, je pensais que cela aurait été une parenthèse à une autre évolution artistique. Je me disais que Paris aurait représenté une excellente adresse pour mon CV, ce qui est vrai, mais je ne pensais pas rester dans ce milieu et au final y vivre aussi longtemps”. Vin blanc délicieux, elle observait Murdock démonter l’artichaut et jouer avec les feuilles de menthe “et toi?”.
- “Je comprends. Tu sais, toutes les grandes villes sont épuisantes. Paris, oui, c’est dur… les gens sont difficiles, tout le monde cours et stresse parce que il faut faire vite vite le travail, les rendez-vous, this and that… mais à New York c’est .. pareil!! … et on mange moins bien” il rigolait.

Il avait raison. Ils attaquèrent les tapas avec les doigts.

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C’était ce que Sarah définissait “l’agglomération” à générer ce stress et ce rush qui ne semblait pas rendre les choses meilleures. Fallait-il tout simplement fuir les grandes villes? retourner à la nature?

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Sous le parfum de basilic, que Murdock adorait, il y eu un silence.
- “ Je ne pense pas que tu dois forcément partir des grandes ville pour vivre mieux” dit-il “la ville, pour toi qui vit d’Art, est une source inépuisable de caractères et d’idées. Se ressourcer en Nature c’est top, mais y rester pour toujours ça va te rendre frustrée. Peut-être que je me trompe… Survivre aux grandes villes ça veut dire que tu dois te montrer plus forte des diktats que la société t’impose. ça veut dire que tu dois être capable de dire ‘fuck off’ aux jugements des autres”
- “ Dans le sens où tu ne te préoccupes plus des apparences ?”
- “ Oui, mais au delà de ça. Etre toi. Au delà du sac Vuitton que tu achètes pour en avoir un aussi, ou du dernier iphone ou des stan smith… tu vas plus loin… you just don’t care… parce que tu es toi et tu est unique dans ta personne. Une fois que tu es libérée de ça, je pense que tu vas commencer à voir tout ce qui entoure de manière différente…”
- “ J’aime ce que tu dis” Sarah était sincère “Si seulement c’était simple à faire… c’est une vrai sorte d’esclavage toutes ces modes, ces images…. cette demande de perfection” . C’était agréable de parler avec Murdock. Il ne ressemblait pas à tous les autres gars qu’elle avait croisé auparavant… Murdock était un peux comme la soupe au melon qu’elle avait en face d’elle:

Soupe au melon pimenté avec cœur de crème recouvert de caviar

Soupe au melon pimenté avec cœur de crème recouvert de caviar

A’ l’apparence c’est du jaune et on pense que l’on va déjà connaitre la saveur… mais après on y trouve du piment, qui relève toute la saveur et on découvre un goût que l’on avait jamais senti avant. Agréable et stupéfiant, c’était une très belle découverte.

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Verjus est un vrai régal. Le “steak” d’aubergines recouvert d’une fine couche de pommes de terres grillées une tuerie. Peut-être le dîner était encore plus bon parce que les deux se retrouvaient dans leurs conversations et se regardaient de manière de plus en plus profonde.

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Le petit cake au citron était encore chaud quand Murdock lui pris la main et lui dit “c’est difficile le dire en français… parce que je ne veux pas dire que je t’aime bien… ce que je veux dire c’est que… I really like you Sarah… je veux vraiment te connaitre mieux parce que je ne pense pas que je trouverai une personne qui te ressemble…”
Sarah rougi mais elle ne retira pas sa main. Elle aurait voulu dire qu’elle ressentait la même chose, mais elle était bien trop timide pour laisser les mots fuir de ses lèvres. Murdock se passa la main sur le visage en souriant quand il vit sa réaction : “Sarah, tu me fais penser à une très belle phrase de Mark Twain…” elle leva ses yeux curieuse vers lui “l’homme … mais dans ton cas la femme … est le seul animal qui rougit - ou qui en a besoin… et sur toi c’est vraiment très joli”.

Cela n’aida pas Sarah à rougir moins mais elle sourit. Rarement elle avait été si heureuse.

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A’ la fin du dîner, ils étaient tous les deux ravis de s’être laissés guider. C’était comme si l’absence de Menu avait aussi aider les deux à aller l’un vers l’autre. Le Paris “qui stresse” ou qui force les gens à courir de plus en plus vite avait complètement disparu.

En montant ces escaliers centenaires, une fois sortis de Verjus, Sarah pris la main de Murdock et la serra contre la sienne.

Le Bar des Prés

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Le Bistrot des Victoires

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